FIAC 2019
Gaudel de Stampa – booth 1.G07
Galeries Supérieures, 1st floor

with works by Gijs Milius, Michael Van den Abeele and Gaia Vincensini

Grand Palais
October 16 – 20

 

Special open hours at the gallery during Fiac’s week:
Tuesday : 2 – 6pm
Wednesday : 11am – 5pm
Thursday : 2 – 10pm
Friday : 2 – 7pm
Saturday : 2pm – 7pm
and by appointment

 

Currently at the gallery:

  • Matthieu Palud, Peintures récentes
    Sept. 14 – Oct. 26, 2019



Sans titre, 2019, Oil on wood, 21 x 30 cm

 

Je connais la peinture de Matthieu Palud. Tous les matins, ils y en a deux qui me regardent reprendre mes esprits dans le salon.

Sur la première, la silhouette très schématisée d’une femme un peu mélancolique, ou simplement méditative, qui me fait penser aux Calligraphies d’humeur de Jean-Michel Sanejouand. Derrière cette figure, en superposition, des larmes très réalistes coulent sur deux paupières qui flottent comme des nuages sur un fond orangé indéfini – peut-être la représentation d’un billet de 50€.

Sur la deuxième, un personnage utilise l’écran lumineux de son ordinateur pour découper trois rondelles grimaçantes qui tombent dans la cuvette des toilettes.

Ces deux toiles conviennent à l’entre-deux du réveil, comme si la peinture permettait de capter ce moment d’indécision, ce passage entre la contingence du quotidien et le rêve.

Elles font parties d’une série que je surnomme un peu bêtement la période psyché.
A l’époque, les choses se passaient tard, dans les fêtes. C’est là que j’ai rencontré Matthieu. Dans un appartement, au milieu d’un groupe d’artistes qui s’étaient retrouvés dans la nuit parisienne.

Un jour, j’ai rendu visite à Matthieu qui venait de s’installer dans son studio de la Cité des arts, au bord de la Seine.
A ce moment-là, un ami commun venait de partir, une époque s’éloignait. Quelque chose flottait dans l’air, comme une annonce, une notification. Comme si la dépense du temps se ferait désormais sous d’autres modalités moins festives, dans la solitude. Ce jour-là, il m’avait préparé un pot-au-feu. Pendant que ça mijotait, il me montra, presque gêné, une épaisse pile de feuilles Canson utilisées mais soigneusement rangées sur son bureau. Il s’agissait du même croquis, la répétition d’une main sur des dizaines – sur des centaines ? – de feuilles.

Finie la période vache.
Je compris que l’exécution des tableaux ralentissait. Le travail allait se faire plus répétitif, plus laborieux.
Je sus à ce moment-là que je ne reverrai plus Matthieu aussi souvent.

Quelques temps après, il est retourné à Perpignan, la ville où il est né. Par téléphone, il m’expliquait qu’il fallait recommencer régulièrement les toiles. J’eus la chance d’exposer en Norvège deux étonnantes peintures roses un peu antérieures, des portraits de Jeanne… J’entendis également parler de tableaux très sombres, à la limite de l’obscur. Je crois que Matthieu détruisait beaucoup à cette époque, qu’il recommençait sans cesse. Je ne sais pas si ces tableaux existent encore. J’aurais aimé les voir, je les ai souvent imaginés.

L’hiver, Matthieu vit dans une cité balnéaire au bord de la Méditerranée avec Jeanne. Je les imagine souvent, peindre chez eux, dans une ville que l’été a déserté.

Puis j’ai vu sa peinture réapparaître, il y a quelques mois, chez Tonus à Paris. Beaucoup de choses avaient changé.

On a longtemps reproché le retour à l’ordre de la peinture de l’entre-deux-guerres. L’abandon de l’expressionnisme et de la déconstruction au profit du dessin, de la mimesis, de la retenue ; sans comprendre que le classicisme, parfois, c’est une suspension qui précède la catastrophe, un moment de calme qui contient toutes les tempêtes.

Pendant le vernissage de Tonus, Matthieu m’a dit : « tu sais, en fait, je crois qu’il n’y a pas de différence entre ce que je peins aujourd’hui et l’ancienne période. »

Je crois qu’il a raison.

Un porte-documents bleu sur une table vernie, près d’un radiateur électrique.

Les tableaux sont peuplés de signifiants insignifiants qui se superposent. Certes, les assemblages sont plus réalistes que ceux de la période psyché, mais ils sont tout aussi mystérieux. Quoi de plus incongrue que la banalité, quoi de plus opaque qu’un instant, qu’un reflet ?

Alors, on s’approche un peu plus, et il ne reste que la peinture.

 

Gallien Déjean

 


 

I know Matthieu Palud’s paintings. Every morning, two of them look at me while I collect my thoughts in the living room.

In the first: the simplified outline of a woman who is a bit melancholy, or just meditative, which makes me think of Jean-Michel Sanejouand’s Calligraphies d’humeur. The figure is superimposed over two realistically-rendered tears coming from closed eyes that float like clouds on a vague, orangey background—the representation of a 50€ bill, perhaps.

In the second, a subject uses the bright screen of a laptop like a knife to cut three grimacing slices of sausage, falling into a toilet bowl.

These two canvases fit the state of waking up, as if painting could capture this moment of indecision, this passage between everyday life and dreaming.

They are part of a series that I have somewhat clumsily dubbed the “psyche” period.
At that time, things took place late, in parties. That is where I met Matthieu: in an apartment, among a group of artists who had met up in the Paris night.

One day, I visited Matthieu, who had just moved into his studio at the Cité des arts, next to the Seine. At this moment, a mutual friend had just left—the end of an era. Something was floating in the air, like an announcement, a notification, as if time was now spent in other less festive ways, in solitude. That day, he had prepared a stew for me. While it was simmering, he showed me, almost embarrassed, a thick stack of Canson sheets, used, but carefully arranged on his desk. It was from the same group of sketches, the repetition of a hand on dozens—hundreds?—of sheets of paper.

End of “la période vache”.
I understood that the execution of paintings was slowing down. The work became more repetitive, laborious.
I knew at that moment that I would not see Matthieu as often anymore.

Some time later, he returned to Perpignan, the city where he was born. He explained to me over the telephone that he often had to start paintings over again. I had the chance to show two astonishing pink paintings, from slightly earlier, in Norway, portraits of Jeanne… I likewise heard of very dark paintings, almost obscure. I think that Matthieu destroyed a lot during this time, that he was constantly starting over. I don’t know if these works still exist. I would have liked to see them, I have often imagined them.

In wintertime, Matthieu lived in a seaside city on the Mediterranean with Jeanne. I imagine them often, painting at their home, in a town deserted by summer.

Then I saw his paintings reappear, a few months ago, at Tonus in Paris. Many things had changed.

The return to order of painting in the inter-war period has long been criticized: the abandonment of expressionism and deconstruction in favor of drawing, mimesis, restraint – without understanding that classicism, sometimes, is a suspension that precedes catastrophe, a calm containing all the storms.

During the vernissage at Tonus, Matthieu told me: “You know, in fact, I think that there isn’t any difference between what I’m painting today and the old period.”

I think he is right.

A blue briefcase on a varnished table, near an electric radiator.

The paintings are inhabited by insignificant signifiers, superimposed on each other. Certainly, the groupings are more realistic than the “psyche” period, but they are just as mysterious. What is more incongruous than banality, what is more opaque than a moment, than a reflection?

Then, when you come a bit closer, all that is left is painting.

 

Gallien Déjean

Translated from the original text in French

 

With the support of  Centre national des arts plastiques, France